Ressources Humaines

Santé des soignants

N°629 Mars - Avril 2026

La santé des femmes au travail. Un enjeu stratégique pour les établissements publics de santé

Pendant longtemps, de nombreuses pathologies féminines ont été sous-diagnostiquées ou minimisées. En parallèle, malgré une forte féminisation des métiers du soin, il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre l’égalité professionnelle. Face à cette situation, plusieurs leviers existent et peuvent être activés simultanément : l’amélioration du bien-être au travail, la lutte contre les discriminations, mais aussi une prévention renforcée et une prise en charge réellement adaptée aux spécificités de la santé des professionnelles hospitalières.

Dre Géraldine Pignot Chirurgienne urologue et présidente d’honneur de l’association « Donner des ELLES à la santé »
Dre Elsa Mhanna Neurologue et secrétaire générale de l’association « Donner des ELLES à la santé »
Dre Marie-France Olieric Gynécologue-obstétricienne et présidente de l’association « Donner des ELLES à la santé »

11/03/26

Dans un système de santé pensé par et pour les hommes et une médecine qui s’est longtemps construite autour du modèle de corps humain masculin universalisé, les stéréotypes genrés génèrent des biais majeurs chez les médecins, avec un impact à tous les niveaux de la prise en charge (dépistage, diagnostic, traitement) ; certaines pathologies sont considérées comme étant l’apanage des hommes. C’est le cas des maladies cardiovasculaires, qui constituent la deuxième cause de mortalité en France (avec 200 décès par jour), mais la première cause chez les femmes, loin devant le cancer du sein. La symptomatologie est souvent différente (dite « atypique ») chez les femmes, conduisant fréquemment à un retard diagnostique impactant le pronostic. Une étude de 2022 montre ainsi qu’une femme consultant aux urgences pour des douleurs thoraciques attend plus longtemps qu’un homme avant d’être prise en charge pour une suspicion d’infarctus 1. Au final, les femmes survivent moins souvent que les hommes aux arrêts cardiaques et la mortalité hospitalière globale est de 9,6 % chez la femme contre 3,9 % chez l’homme 2.

Même observation pour le cancer de la vessie, avec des symptômes urinaires qui peuvent mimer la cystite chez la femme, là où classiquement, chez l’homme, le symptôme inaugural sera la présence de sang dans les urines, induisant une errance diagnostique importante et une maladie souvent plus évoluée au moment d’instaurer les traitements 3. L’impact du biais de genre est également très présent dans la prise en charge de la douleur. Dans une enquête menée en 2021 auprès de plus de 110 000 femmes, dans le cadre de la Women’s Health Strategy, 50 % des répondantes ont estimé que leur douleur avait été ignorée ou négligée par les professionnels de santé 4. Si l’endométriose touche une femme sur dix en France en 2024, le diagnostic a été posé pour la première fois en 1927 et il a fallu attendre des décennies pour que cette pathologie handicapante fasse l’objet d’une vraie discussion. Aujourd’hui encore, le retard de diagnostic sur cette maladie peut atteindre 6 à 10 ans, selon les études 5. Les femmes tiennent par ailleurs souvent un rôle d’aidante pour leurs parents, enfants et conjoint, souvent sous le poids des injonctions sociétales 6. Ce faisceau d’éléments illustre une réalité persistante : le corps des femmes et leur santé ont longtemps été relégués au second plan.


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