Innovation & Numérique

LIVING LAB SANTÉ DES FEMMES

N°632 Septembre - Octobre 2026

Living Lab. Santé des femmes Un modèle territorial d’innovation fondé sur la co-construction

Les défis contemporains de la santé des femmes dépassent le champ de la médecine: ils interrogent notre capacité à produire une innovation plus ouverte, plus rapide et plus utile. Le premier Living Lab régional dédié à la santé des femmes, incubé au sein d’un CHU, voit le jour à Rennes en novembre 2025. Son objectif : faire de la co-construction, de l’expérimentation en vie réelle et de l’évaluation scientifique les moteurs d’une innovation au service des patientes, des professionnels et de la société.

Pr Krystel NYANGOH TIMOH Directrice scientifique du Living Lab Santé des femmes, PU-PH anatomie et chirurgie gynécologique, département de gynécologie-obstétrique et reproduction humaine, CHU de Rennes, département d’anatomie, Inserm UMR 1099, LTSI, équipe Medicis, faculté de médecine, université de Rennes
Ophélie CARTA Directrice opérationnelle du Living Lab Santé des femmes
Catherine CHAPON Ingénieure de recherche du Living Lab Santé des femmes

23/09/26

Pendant des décennies, la médecine et la recherche biomédicale se sont construites autour d’un modèle qui a implicitement érigé le corps masculin en norme1. Les différences biologiques, hormonales, environnementales et sociales influencent pourtant profondément les maladies, leurs manifestations, leur diagnostic et leur prise en charge. Les recherches et innovations dédiées aux femmes restent sous-financées, les femmes demeurent insuffisamment représentées dans les essais cliniques et les biais de genre persistent, aussi bien dans les soins que dans les politiques d’innovation2.

LA SANTÉ DES FEMMES
DES ENJEUX DE SANTÉ PUBLIQUE, SOCIÉTAUX ET ÉCONOMIQUES

Quelques chiffres qui interpellent
  • Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes, alors que près de 80 % des événements cardiovasculaires prématurés pourraient être évités grâce à une meilleure prévention a.
  • Une femme sur dix est atteinte d’endométriose, avec un délai diagnostique moyen de sept à dix ans b.
  • Une femme sur trois sera victime de violences sexistes ou sexuelles au cours de sa vie, faisant des violences un déterminant majeur de la santé des femmes c.
  • Les femmes représentent près de 80 % des familles monoparentales, dont un tiers vit sous le seuil de pauvreté, illustrant l’étroite interaction entre santé, précarité et inégalités sociales d.

Un investissement à fort retour pour la société

  • En France, le coût annuel de l’endométriose est estimé à près de 10 milliards d’euros, principalement du fait des pertes de productivité, des arrêts de travail et des dépenses de santé e.
  • À l’échelle mondiale, investir dans la santé des femmes pourrait générer jusqu’à 130 milliards de dollars de croissance économique annuelle. Chaque dollar investi dans la santé des femmes génère environ trois dollars de bénéfices pour la société f.

a. Woodward, Int J Environ Res Public Health 2019 Apr 1;16(7):1165.
b. Aubry et al., Gynécol Obstét Fertil Sénol 2023.
c. OMS, « Une omniprésence dévastatrice : une femme sur trois dans le monde est victime de violence »,
9 mars 2021.
d. Délégation interministérielle à la prévention et à la lutte contre la pauvreté, « Monoparentalité et pauvreté : regards croisés et pratiques inspirantes », 2025.
e. S. Simoens et al., Hum Reprod. 2012;27(5):1292-1299.
f. McKinsey Health Institute & World Economic Forum, “Closing the Women’s Health Gap: A $1 Trillion Opportunity to Improve Lives and Economies”, 2024.


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