Grand Angle
N°631 Juillet - Août 2026
Maisons des adolescents, des dispositifs acteurs de l’équité et de l’accessibilité territoriale
Face à l’augmentation des troubles psychiques et des fragilités chez les adolescents et jeunes adultes, les maisons des adolescents s’imposent comme des dispositifs incontournables de prévention, d’écoute et d’accompagnement. À Poitiers, la MADJA Picta’Dom incarne cette dynamique en proposant une réponse de proximité, globale et coordonnée aux besoins croissants des jeunes et de leurs familles sur l’ensemble du territoire de la Vienne.
06/07/26
Anxiété, mal-être, troubles psychiques émergents, difficultés relationnelles, décrochage scolaire ou encore questionnements identitaires : les besoins en santé mentale des adolescents et des jeunes adultes n’ont jamais été aussi visibles. Dans ce contexte, la prévention, le repérage précoce et l’accès rapide à une écoute qualifiée constituent des enjeux majeurs de santé publique. Créées à partir des années 2000, les maisons des adolescents (MDA) ont progressivement trouvé leur place dans le paysage sanitaire français. Elles répondent à une ambition simple : proposer aux jeunes et à leurs familles un lieu identifiable, gratuit, confidentiel et facilement accessible, où peuvent être abordées l’ensemble des problématiques liées à l’adolescence et au passage à l’âge adulte.
Aujourd’hui présentes sur l’ensemble du territoire national, les MDA occupent une position singulière à l’interface des secteurs sanitaire, médico-social, éducatif, social et judiciaire. Elles permettent de décloisonner les parcours et d’apporter une réponse globale à des situations souvent complexes. Dans la Vienne, cette mission s’incarne au centre-ville de Poitiers avec la maison des adolescents et des jeunes adultes (MADJA) dénommée Picta’Dom, qui a développé au fil des années un modèle original associant accueil de proximité, travail partenarial et interventions mobiles sur l’ensemble du territoire départemental.
Une porte d’entrée unique pour les jeunes et leurs familles
Installée à Poitiers, Picta’Dom accueille les jeunes jusqu’à 25 ans, leurs parents et les professionnels confrontés à des situations nécessitant un soutien ou une orientation. Le principe est celui d’un accueil inconditionnel. Aucun diagnostic préalable, aucune prescription médicale ni aucun parcours administratif complexe ne sont nécessaires pour pousser la porte de la structure. Cette simplicité d’accès constitue l’une des forces du dispositif.
L’équipe pluridisciplinaire associe éducateurs spécialisés, psychologues, assistants sociaux, animateurs, professionnels de santé et partenaires institutionnels. Ensemble, ils proposent écoute, évaluation, accompagnement, médiation familiale, ateliers collectifs et orientation vers les structures adaptées lorsque cela s’avère nécessaire. Picta’Dom agit ainsi comme un véritable pivot territorial permettant de fluidifier les parcours entre les différents acteurs de la prévention, du soin, de la protection de l’enfance, de l’insertion ou encore de l’éducation.
Cette logique partenariale se traduit concrètement par la présence régulière au sein de la structure de professionnels issus du centre hospitalier Laborit, partenaire fondateur et majeur, de la protection maternelle et infantile, de la protection judiciaire de la jeunesse, des missions locales, des consultations jeunes consommateurs ou encore de l’association Avoc’Enfants. Cette diversité d’intervenants permet d’apporter des réponses coordonnées aux multiples problématiques rencontrées par les jeunes.
Des besoins en forte évolution
L’activité de Picta’Dom témoigne de besoins croissants en matière de santé mentale et d’accompagnement psychosocial. En 2025, 480 jeunes ont été accueillis, dont 239 nouveaux venus, pour un total de près de 1 500 rendez-vous réalisés. Les filles représentent près des deux tiers des jeunes reçus et la tranche d’âge des 15-17 ans constitue le principal public accompagné. Les motifs de recours illustrent la complexité des situations rencontrées. Les troubles de santé mentale arrivent largement en tête des problématiques identifiées, devant les difficultés liées à la scolarité ou à l’insertion professionnelle, les tensions familiales et les difficultés relationnelles.
Les équipes observent également une augmentation des situations associant plusieurs facteurs de vulnérabilité : anxiété, isolement social, perte de confiance en soi, difficultés d’orientation, harcèlement, violences subies ou conduites addictives. Cette évolution confirme l’importance d’une approche globale de la santé mentale. Les difficultés psychiques des jeunes sont rarement isolées de leur environnement familial, scolaire, social ou économique. La réponse apportée doit donc être transversale et coordonnée. Au-delà des entretiens individuels, Picta’Dom développe de nombreuses actions collectives autour de la sociabilisation, du bien-être, de l’expression artistique, de l’insertion professionnelle ou encore de la santé sexuelle. Ces espaces constituent souvent une première étape vers une démarche d’accompagnement plus approfondie.
Le Picta’Bus, un lieu ressource itinérant
Si la MADJA de la Vienne se distingue au niveau national, c’est avant tout par le développement du Picta’Bus, dispositif mobile d’accueil et d’accompagnement des jeunes. Face au constat que de nombreux adolescents et jeunes adultes n’accèdent pas spontanément aux structures spécialisées, notamment dans les territoires ruraux, la MADJA a choisi de compléter son offre et de déplacer le service vers les jeunes plutôt que d’attendre leur venue. Le Picta’Bus sillonne aujourd’hui l’ensemble du département et intervient à la demande des établissements scolaires, missions locales, centres sociaux, maisons familiales rurales, collectivités et associations.

À bord de ce véritable lieu ressource itinérant, les jeunes peuvent rencontrer des professionnels, échanger librement sur leurs préoccupations, obtenir des informations ou être orientés vers les dispositifs adaptés. En 2025, près de 1 800 jeunes ont ainsi été rencontrés sur les différents territoires du département, notamment à Civray, Loudun, Montmorillon et Châtellerault. Cette démarche d’aller-vers constitue une innovation particulièrement remarquable dans le champ de la santé mentale des jeunes. Elle permet de réduire les inégalités territoriales d’accès aux ressources, de repérer précocement certaines situations de vulnérabilité et de créer un premier lien avec des publics qui ne solliciteraient pas spontanément les dispositifs traditionnels.
Le Picta’Bus est également devenu un outil reconnu de prévention et de promotion de la santé mentale. Présent lors de forums, festivals, événements jeunesse, manifestations sportives ou campagnes nationales, il contribue à déstigmatiser les questions de santé mentale et à favoriser la parole des jeunes. Cette approche a suscité un intérêt dépassant largement le cadre départemental. Le dispositif a notamment été présenté lors de visites officielles de haut niveau consacrées aux enjeux de santé mentale et de jeunesse, témoignant de son caractère novateur.
Une dynamique territoriale en pleine expansion
L’année 2025 marque une étape importante dans le développement de Picta’Dom et de Picta’Bus. L’intégration de nouveaux postes co-financés par la CAF dans le cadre du point d’accueil et d’écoute jeunes (PAEJ) a permis de renforcer les capacités d’accueil et les actions d’aller-vers. Cette évolution consolide la complémentarité entre le site fixe de Poitiers et les interventions mobiles réalisées sur l’ensemble du département. Parallèlement, plusieurs projets structurants ont été engagés : agrandissement des locaux de Picta’Dom, renforcement des coopérations avec les acteurs jeunesse, développement de nouvelles actions collectives et montée en compétences des professionnels, grâce notamment à la formation aux premiers secours en santé mentale. Mais la perspective la plus emblématique concerne sans doute l’ouverture prochaine d’une deuxième MADJA à Châtellerault dans le cadre d’un partenariat stratégique avec les acteurs locaux (Le Quatre) ayant déjà maillé une offre à destination de la jeunesse. Cette implantation répond à un objectif clair : rapprocher davantage encore les ressources de santé mentale des jeunes de leur lieu de vie et renforcer le maillage territorial du département. Une équipe dédiée est en cours de constitution et les partenariats locaux se développent progressivement afin de préparer cette ouverture.
La santé mentale des jeunes constitue l’un des grands défis sanitaires et sociétaux des prochaines années. Face à l’augmentation des besoins, les réponses ne peuvent reposer uniquement sur l’offre de soins spécialisée. L’expérience développée dans la Vienne montre l’intérêt de dispositifs souples, accessibles et fortement ancrés dans leur territoire. En associant accueil inconditionnel, coordination partenariale, prévention et démarches d’aller-vers, la MADJA contribue à construire une réponse plus précoce, plus proche et plus adaptée aux réalités vécues par les jeunes.
Avec le développement du Picta’Bus et l’ouverture prochaine d’un deuxième site à Châtellerault, la MADJA de la Vienne poursuit cette ambition : faire de la santé mentale une ressource accessible à tous les jeunes, quels que soient leur lieu de vie, leur parcours ou leurs difficultés. Parce qu’en matière de santé mentale, aller vers les jeunes est souvent la première condition pour pouvoir les accompagner.
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