
N°632 Septembre - Octobre 2026
Santé : comment passer du volume à la valeur ?
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et à l’heure où le débat sur le financement de notre système de santé revient au premier plan, la question n’est plus seulement celle des moyens, mais de leur utilisation. Dans un contexte de contraintes budgétaires durables, comment améliorer la réponse aux besoins de santé, diffuser plus rapidement les innovations utiles et préserver la soutenabilité du système ? C’est à cette interrogation que répond la note publiée par François Gaudemet avec Terra Nova, qui propose de faire de la création de valeur le nouveau cap des politiques de santé françaises.
QUELS SERAIENT LES GRANDS AXES D’UN PROJET DE SANTÉ PORTÉ PAR UN CANDIDAT À LA PRÉSIDENTIELLE ?
La santé s’impose aujourd’hui comme l’une des premières préoccupations des Français. Face au vieillissement de la population, à la progression des maladies chroniques et aux contraintes financières, le défi n’est plus seulement de financer davantage le système, mais de mieux utiliser les ressources disponibles. Près de 265 000 hospitalisations liées à des maladies chroniques pourraient être évitées chaque année en France1 . Le prochain quinquennat devrait donc investir davantage dans la prévention, l’innovation et les parcours de soins. Le véritable enjeu est de passer d’une logique de volume à une logique de valeur : améliorer les résultats pour les patients, les soignants et la collectivité. C’est l’ambition portée par notre note Terra Nova.
QUE RECOUVRE LA NOTION DE « CRÉATION DE VALEUR » ?
Notre système reste organisé autour d’une tarification à l’activité qui rémunère le volume, indépendamment des résultats. Théorisée par Michael Porter, la création de valeur consiste à rapporter les résultats obtenus aux ressources mobilisées pour les atteindre. Initialement centrée sur les résultats qui comptent pour les patients, cette approche intègre aujourd’hui également les bénéfices pour les soignants et les établissements de santé. C’est cette grille qui pourrait aider à distinguer une innovation qui crée de la valeur d’une innovation qui n’en crée pas, non sur son prix, mais sur son retour réel. Prenons l’exemple des infections du site opératoire, troisième infection nosocomiale la plus fréquente. Une étude française publiée en 2025 a estimé que le coût additionnel moyen par patient lié à une ISO variait entre 5 200 € et 11 000 €, selon la spécialité chirurgicale concernée2 . Ces dernières sont une cause majeure de reprises chirurgicales, de séjours prolongés et de recours hospitaliers non programmés3 . Les sutures antibactériennes illustrent cette logique : leur coût doit être mis en regard des bénéfices patients.
COMMENT FAIRE DES DISPOSITIFS MÉDICAUX DES LEVIERS DE PERFORMANCE ?
En les évaluant à l’échelle du parcours de soins plutôt qu’à travers leur seul coût d’acquisition. La chirurgie robotique en est une illustration. En sécurisant les gestes, en améliorant la précision et en réduisant la variabilité entre opérateurs, elle contribue à diminuer les durées de séjour, les taux de réadmission et de réintervention. Mais la technologie ne crée de valeur que si ses bénéfices sont objectivés et partagés. Les industriels ont un rôle à jouer, aux côtés des établissements et des autorités de santé, pour produire des données en vie réelle, accompagner l’évaluation des pratiques et documenter les résultats obtenus. Cela suppose aussi une visibilité pluriannuelle permettant aux établissements d’accéder aux innovations dont les bénéfices se construisent dans la durée. L’enjeu n’est pas seulement d’innover, mais de permettre aux hôpitaux d’investir dans les solutions qui démontrent un gain réel pour les patients, les soignants et la performance du système de santé.
COMMENT IMPULSER CETTE DYNAMIQUEDANS LE SECTEUR PUBLIC ?
Le principal défi est de généraliser plus rapidement ce qui fonctionne déjà. Les cellules d’expertise et de coordination de l’insuffisance cardiaque sévère (CECICS) développées à l’AP-HP montrent qu’une meilleure coordination des parcours permet de réduire les hospitalisations les plus graves et d’améliorer les résultats pour les patients. Ainsi, les innovations vont de pair avec la transformation des organisations, une meilleure coordination des parcours et une évaluation fondée sur les résultats. Dès lors, pour changer d’échelle, nous devons généraliser la mesure des résultats et partager les données pour évaluer les innovations en vie réelle et ensuite déployer ce qui fonctionne. Les industriels ont aussi une responsabilité : contribuer à produire les preuves et les retours d’expérience qui éclairent les décisions.
1DREES. Les hospitalisations potentiellement évitables touchent davantage les ouvriers et les agriculteurs. 06/04/2023.
2Foux, L.; Szwarcensztein, K.; Panes, A.; Schmidt, A.; Herquelot, E.; Galvain, T.; Phan Thanh, T. N. Clinical and Economic Burden of Surgical Site Infections Following Selected Surgeries in France. PloS One 2025, 20 (6), e0324509. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0324509
3Badia, J. M.; Casey, A. L.; Petrosillo, N.; Hudson, P. M.; Mitchell, S. A.; Crosby, C. Impact of Surgical – Site Infection on Healthcare Costs and Patient – Outcomes: A Systematic Review in Six European – Countries. J. Hosp. Infect. 2017, 96 (1), 1–15.
https://doi.org/10.1016/j.jhin.2017.03.004
05/10/26
